| |
September,
2006
LE CHOIX ENTRE :
KABILA ET BEMBA OU ENTRE GIZENGA ET TSHISEKEDI?
by
Fungula Fumu Ngondji
Je ne connais pas Kabila Kabange mais j'ai
connu celui qu'il appelle son pere. C'etait un camarade de
lutte et nous avions beaucoup en commun pendant la periode
de la lutte revolutionnaire qui a suivi l'assassinat de notre
grand camarade Patrice Lumumba. Pendant une partie de son
temps au maquis, je me trouvais en exil, aux USA. Avec quelques
autres camarades et amis Americains, nous lui avons apporte
de temps en temps quelques secours en medicaments dont il
avait ardemment besoin. Lorsqu'il prit le pouvoir en 1997,
je me rendis a Kinshasa non pas pour joindre les rangs de
ceux qui le courtisaient pour gagner un poste au pouvoir,
mais simplement pour me rendre compte, de mes propres yeux,
de l'homme qu'il etait devenu. Comme je m'y attendait, le
camarade revolutionnaire, le Lumumbiste invetere que j'avais
connu dans les annees 60 n'etait plus le meme. Je l'ai rencontre.
Nous avons parle comme des vieilles connaissances, mais pas
comme camarades de lutte. Nous nous sommes rendus compte,
tous les deux, que nous etions devenus non pas des ennemis,
mais etrangers l'un a l'autre. De peur sans doute que nous
nous trouvions en confrontation un jour ou l'autre, connaissant
chacun nos passions, Laurent Kabila ordonna, directement ou
indirectement - je ne l'ai jamais su - de me priver de liberte.
Un jour, a deux heures du matin, on m'embarqua dans une jeep
et on me jeta dans un centre secret d'internement . J''y suis
reste 8 mois sans que l'on m''interogea ou que l'on me jugea.
Un jeune officier qui etait connu comme etant d'origine Ougandaise
et en avait l'accent fut mon sauveur. Il me revelera, le jour
qu'il me relacha secretement, qu'il m'avait reconnu et avait
son oeil sur moi des le premier jour qu'on me jeta dans la
cellule. Il me dit qui il etait reellement et me conseilla
de ne jamais le reveler a personne.
J'AI VECU AU CONGO DE 1945 A 1980
J'avais 35 ans en 1980 quand j'etais contraint de fuir mon
pays pour echapper aux persecutions de la dictature du marechal
Mobutu. Pendant 15 ans, j'ai exerce le metier de journaliste
et cela m'a permis d'etre pratiquement au centre de l'actualite
des evenements ayant marque l'histoire de mon pays, avant
et apres l'independance. J'ai eu l'occasion de connaitre un
grand nombre des hommes qui, a un moment de l''histoire, ont
assume des fonctions de pouvoir dans notre pays. C'est le
cas de Gizenga Antoine et d'Etienne Tshisekedi.
J'ai passe une bonne partie de ma vie d'etudiant dans les
ecoles catholiques de Yassa et de Kikwit, dans ce qu'on appellait
alors le district du Kwilu. Il en fut de meme pour le vieux
Gizenga et pour la plupart des autres intellectuels de la
region. J'arriverai a Kinshasa deux ans avant les manifestations
du 4 janvier 1959 qui rompirent, une fois pour toutes, les
traditions avec le passe colonial. Ce jour-la, apres un match
nul entre V.Club et Dragon - si mes souvenirs sont encore
bons - au stade Tata Raphael a Kalamu, les spectateurs, mecontents,
sortis du stade, se melerent a la foule reunie au Rond-Point
Victoire, ou un groupe de jeunes leaders politiques revenus
d'un voyage au Ghana, donnaient un compte-rendu de leur voyage.
L'independance du Congo etait un des sujets evoques au cours
de cette assemblee publique. Jusque-la - on parlait plutot
de l'emancipation - tres peu de gens avaient entendu parler
de l'independance du Congo et etaient conscients, qu'il y
avait des Congolais capables de parler publiquement du sujet,
sans peur, en presence des officiers Belges et des policiers
Congolais qui assuraient la securite. Patrice Lumumba etait
parmi les orateurs.
J'etais avec mon frere aine, un fanatique de V. Club . A notre
approche du rond-point, il yeut une grande seccousse. Comme
sous un ordre, tout le monde s'arreta, suivi d'un silence
puis, un vacarme. Les gens courant par-ci, par-la. On s'interogeait
en Lingala. Des cris: "Likambo Nini..(Que se passe t-il?).
Une voix repondait :"Mindele bakangi Nzela.."(Les
Blancs ont bloque la route). Puis une autre voix:
" Nzela Nini..." (Quelle route?) Plus loin on entendait:"
"Ya Dipanda.." (La route de l'Independance). A ces
mots, il y eut un choc. La foule se dechaina. Les gens se
bousculaient, cherchant les "Mindele" (les blancs)
au cri:
"Wapi bango. Banyangalata. Lelo eliaki bango ekoki."
(Ou sont-ils? Ces mecreants. Nous en avons marre d'eux).
En moins de quelques minutes, le Rond-Point Victoire - Il
n'y avait pas encore tous les immeubles qu'on a a present
- etait en ebullition. Les leaders appellaient au calme sans
se preoccuper de leur propre securite au milieu d'une foule
en colere. Les quelques officiers blancs qui etaient presents
se pressaient aux cotes des leaders politiques, devenus maintenant
leurs seuls boucliers. Les policiers Noirs tentaient d'utiliser
leurs matraques mais etaient bouscules rudement et cherchaient
a se sauver. On entendait des eclats comme des coups de feu
ou des petards. Quelques vehicules etaient renverses. Des
vitres des immeubles environnants cassaient. On voyait des
gens emporter certains biens sortis des magasins des Portugais
vivant dans les parages. Mon frere aine me tenait fortement
par la main et tentait de nous eloigner de la foule. Avec
peine, nous atteignimes notre bercail, sur la rue Muvenda,
entre l'actuel avenue Kasa-Vubu et Gambela, a Dendale, la
commune ou Kasa-Vubu venait d'etre elu le premier bourgmestre
noir.
Le lendemain, on appris que quelques blancs avaient ete malmenes
mais je ne pense pas qu'il y eut des morts. Bien que d'un
temperament chaud, les Kinois ne sont pas vraiment mechants
entre eux et encore moins avec les etrangers. Ils peuvent
etre intransigeants quand ils sont pousses a leur limite,
mais d'une maniere generale, les Kinois sont accomodants et
tres sympathiques avec tout etranger. Ils sont d'ailleurs
fiers que les gens visitent leur ville et partagent leur esprit
de fete dans les bars et clubs, ou la musique Congolaise est
jouee 24 heures sur 24.
Tous ceux qui ont connu le Congo des annees 60 se souviendront
de la cite qu'on appellait LIPOPO....POTO-MWINDU (l'Europe
des Noirs) ....KIN-LA-BELLE....KIN-KIESSE (Kin des plaisirs)..La
ville ou "la nuit et le jour se ressemblent", ont
chante Kalle Jeff (Kabasele), Lwambo Makiadi (Franco), Nico
Kassanda, Tabu Ley, Papa Wemba, et tant d'autres, nes ou grandis
a Kinshasa, qui, par la magie de leurs chansons, ont donne
a Kinshasa la reputation d'une ville envouteuse. Une ville
qui ne connait ni de sommeil, ni de fatigue et ou on n'arrete
jamais de rever de bonheur "meme quand on ne sait pas
de quoi il s'agit.
Il est vrai qu'on avait saccage quelques biens des pauvres
commercants Portugais, ceux-la meme qui vivaient avec nous
et partageaient plus ou moins notre sort! Il en resulta cependant
qu'a partir de ce jour-la, les Kinois n'avaient plus jamais
peur de l'homme blanc. Et pourtant, pendant pres de 80 ans,
la seule vue de la peau blanche declenchait une reaction de
crainte ou de soumission en meme temps que montait la colere
dans l'esprit de tout Congolais et Congolaise. Au lendemain
du 4 janvier, comme par magie, l'homme blanc etait traite
avec indifference et sans mechancete. Le processus de la decolinisation
mentale venait d'etre amorcee a Kinshasa.
CE QUE LES KWILOIS DISENT DE GIZENGA
En 1957, l'anne de mon arrivee a Kinshasa, le vieux Gizenga
etait deja bien etabli. Je ne sais pas quand il quitta le
seminaire de Kinzambi, ou il se preparait a devenir pretre.
J'eut l'occasion de visiter plusieurs fois cette ecole ou
quelques uns de mes anciens condisciples de Yasa etaient inscrits.
Loge au millieu d'une petite vallee avec une vegetation dense
tout autour, le petit seminaire de Kinzambi est reellement
un centre de predilection pour les etudes. Mgr Guffens, qui
en fut le fondateur en 1932, avait des grands reves pour cette
ecole. On allait y former des pretres, des freres et autres
cadres superieurs Noirs dont le Congo (independant) aurait
besoin. Guffens etait le seul missionnaire Belge qui pensait
deja au Congo independant a une epoque ou il n'y avait meme
pas une ecole secondaire a travers tout le Congo-Belge.
Et a cause de cela, il finira ses jours d'eveque relegue et
oublie dans un couvent des Soeurs en Belgique, dit-on. A Kinzambi,
le temps etait partage entre les etudes, la priere, la meditation,
le silence, la lecture, le sport, les repas, la recreation
et enfin le sommeil. Chacune de ces activites etait programmee.
Un enfant turbulent comme je l'etait a l'epoque ne pouvait
jamais etre admis a Kinzambi. Meme pendant mes visites a mes
amis, on devait me repeter tout le temps: "Silence !
C'est maintenant le temps de la meditation...Silence! C'est
le temps de la lecture. Monsieur!"
Ce n'est pas etonnant qu'apres avoir quitte Kinzambi, bien
qu'encore jeune, Gizenga etait deja considere a Kinshasa comme
le sage de la communaute Kwiloise, aupres duquel on soliicitait
des conseils et avis pour resoudre certains problemes communs.
Il en avait le temperament et la formation a Kinzambi n'a
fait que reaffirmer sa personalite.
Apres avoir ete elu president national du Parti Solidaire
Africain (P.S.A.), sur decision du comite national du parti,
Gizenga et certains autres membres de l'organisation se sont
rendus dans quelques pays socialistes pour se familiariser
avec la doctrine et pratiques du socialisme que le P.S.A.
avait embrasse comme ideologie. Il est bien de noter que le
parti solidaire africain etait la seule organisation politique
Congolaise de l'epoque dont l'orientation socialiste etait
proclamee sans ambigue. Ses leaders n'etaient nullement genes
d'affirmer leurs convictions a une periode ou certains confondaient
le socialisme avec le communisme, lequel on utilisera plus
tard comme arme de guerre pour immoler les nationalistes Congolais.
Gizenga ne retournera au Congo que quelques jours seulemet
avant la proclamation de l'independance nationale pour assumer
ses fonctions de vice-premier ministre aux cotes de Patrice
Lumumba. Toutes les negociations avaient ete menees par les
autres cadres du parti avec son approbation, notamment par
le tres influent president provincial, Cleophas Kamitatu.
Certains de ses collegues l'accuseront plus tard d'avoir voulu
detroner le vieux. En realite, me dira Mungul Diaka qui connaissait
bien les deux personalites, Kamitatu avait beaucoup d'admiration
et de respect pour l'esprit d'integrite du vieux, mais ne
savait pas toujours pas comment lire sa pensee. Aux yeux de
certains fanatiques du PSA, son silence, lorsquíl etait
question d'interpreter les opinions de Gizenga, etait mal
juge et mal interprete.
Pour la plupart des gens du Kwilu, plus particulierement parmi
le peuple, c'est-a dire la masse, Gizenga continue a assumer
le pouvoir investi en Patrice Lumumba par le Roi des Belges
et le Parlement Congolais le jour de la proclamation de la
souverainete nationale. Etant son seul heritier, Gizenga,
pour eux, detient le secret de la veritable liberation du
Congo. Ils vont meme jusqu'a dire: "Mukanda yina ya Roi
Baudouin ti banfumu yonso ku siniaka kilumbu ya Dipanda kele
wapi? Gizenga na Lumumba bantu kuzaba kisika mukanda yina
kele (Ou se trouve le document de passassion des pouvoirs
signe entre le Roi Baudouin, Lumumba et les autres autorites
presentes au moment de la proclamation de l'independance du
Congo? Reponse: Seuls Gizenga et Lumumba savent ou se trouve
ce document).
J'ai entendu souvent mes freres aines et autres membres de
ma famille qui sont tres experimentes lorsquíl s'agit
des traditions et des coutumes de chez nous, affirmer, avec
conviction, que Gizenga detient la clef du futur de notre
pays. Ils croient meme tous qu'il communique regulierement
avec Lumumba de la meme maniere que les vieux de nos villages
communiquent avec les ancetres qui les ont precede. Pour preuve,
disent-ils, malgre toutes les tentatives d'assassinat dont
il a ete l'objet par les differents dirigeants politiques,
ennemeis de Lumumba, Gizenga est toujours en vie!!.
Les intellectuels Kwilois par contre - surtout les jeunes
diplomes des universites et grandes ecoles -sont moins sympathiques
a l'egard du vieux. Pour eux, c'est un homme depasse par les
evenements qui n'a pas su tirer avantage de sa position. Si,
dans certaines circonstances, ils ont l'occasion de l'entendre
parler, la tradition de chez nous impose qu'on l'ecoute avec
respect a cause de son age et de son passe. Mais tres peu
pretent attention a son discours. Personnellement, je sait
qu'il est toujours la, mais a-t-il quelque chose de concret
a apporter au peuple Congolais, aujourd'hui? On ne sait jamais.
Gizenga est un sage et les sages ont toujours quelque chose
de particulier pour ceux qui savent les ecouter.
LE "TSHISEKEDI" QUE JE CONNAIT
En 1970 ou 71, je ne me rappelle plus tres bien de la date,
j'etais reporter a l'Hebdomadaire Kapia, a Kananga, che-lieu
de la province du Kasai Occidental. Tshisekedi etait ministre
ou vice-ministre de l''Interieur du gouvernement Central.
Il est venu au Kasai et je l'ai accompagne, avec d'autres
journalistes, dans une tournee qu'íl devait effectuer
dans le territoire de Mwene Ditu. Une ou deux fois pendant
le voyage qui a dure pres d'une semaine, Tshisekedi a partage
un repas avec tous ceux qui faisaient partie du voyage, y
compris les membres de la presse. Cela etait contraire aux
traditions politiques de l'epoque. D'habitude, un membre du
gouvernement ou un gouverneur prenait ses repas dans la residence
privee qui lui etait reservee, entoure de ses plus proches
collaborateurs, loin des yeux et oreilles des journalistes,
ces bavards..que l''on approche seulement quand on a quelque
chose de succulent a leur faire gouter..
J'ai pu donc observer Tshisekedi de pres. Il etait encore
jeune, dans sa quarantaine. Son premier poste politique etait
celui de membre du commissariat nomme par Mobutu immediatement
apres le coup d'etat du 14 septembre 1960, lequel mit fin
au mandat du premier gouvernement democratiquement elu par
le parlement. Celui de Patrice Lumumba avec Gizenga comme
vice-premier ministre.
Tshisekedi mangeait avec un grand appetit et il etait jovial.
Il ne semblait pas du tout gene de manger avec ses doigts,
ce qui etait bien dans les traditions des Baluba. La majorite
des Congolais mange a la main. Mais les soi-disant evolues
preferent generalement utiliser les couverts. Pour un ministre,
cela sortait reellement de l'ordinaire et je croit que tout
le monde etait quelque peu surpris au point qu'un certain
nombre de ses collaborateurs et meme des membres de la presse
suivirent l'exemple, ne serait-ce que pour faire bonne impression.
L'imitation fait partie de l'art de gouverner chez nous au
Congo. La conversation etait tres libre. On n'etait pas encore
soumis au mobutisme, la philosophie du Mouvement Populaire
de la Revolution (Mpr) definie comme etant la pensee et les
actions du president-fondateur et donc fondation de toute
reflection intellectuelle pour les cadres politiques.
En cette circonstance, on parlait de tout et Tshisekedi semblait
reellement anime. Il y avait quelques cadres brilliants autour
de la table, notamment l'administrateur de territoire Gambembo
Basile, frere de Gambembo Fumu wa Utadi, qui fut professeur
de philosophie au Campus de Kinshasa et une fois membre du
Bureau Politique du Mpr. J'avais deja eu de frequentes discussions
avec Gambembo et on se connaissait bien. J'appreciait le niveau
de sa pensee. Quelquefois, nous nous sommes trouves en presence
de Monguya Daniel, qui etait alors gouverneur du Kasai Occidental
- un homme quelque peu froid dans ses contacts mais d'un esprit
rebelle qui n'hesitait pas de mordre une fois provoque. Tous
les deux me trouvaient trop sensible aux idees de gauche,
et cherchaient a mettre un peu d'eau dans mon vin.
Tshisekedi, comme juriste de formation, est analytique et
conceptuel. Il reflechit vite et reagit avec une abondance
d'arguments. Puis, il vous laisse debattre comme s'il n'avait
plus d'interet a la discussion. Mais tout d'un coup, quand
il a ecoute une opinion qui semble trop osee, il saute sur
l'occasion et jette de l'huile la-dessus, de quoi a faire
bruler le debat et comme pour dire: "Voyons jusqu'ou
vous voulez aller". Apres cette experience, Gambembo
et moi, qui au depart, etions souspicieux de Tshisekedi qu'on
accusait a l'epoque d'avoir organise le voyage a la mort de
Patrice Lumumba au Katanga, sommes convenus que Tshisekedi
avait de l'etoffe. Nous sommes aussi tombes d'accord que s'il
maintenait sa rigueur de pensee, son etoile continuerait a
briller.
Je me rend compte aujourd''hui qu'il n'a pas tellement change
dans sa facon de voir les choses et de juger. Plus d'une fois,
il a donne son opinion sur des evenements en disant comment
ils les concevaient et ce qu'il fallait en attendre. Puis
il s'est tu.On l'a desapprouve. On l'a attaque de tous les
cotes. Ensuite tout le monde s'est finalement apercu, apres
coup, qu'il n'avait pas completement tord. On a tente de l'amadouer.
Il est reste muet dans cette attitude que nous avons observe
a Mwene Ditu qui semble dire:" Voyons jusqu'ou vous voulez
aller"! J'apprecie toujours sa rigueur intellectuelle
et morale mais je ne suis pas sure que ses methodes d'action,
comme celles de Gizenga, sont ideales.
RETOUR A KABILA ET BEMBA
J'ai dit au debut que je ne connait pas Kabila Kanambe ou
Hypolitte, je ne sait pas quoi d'autre on l''appelle. Je ne
connait pas non plus Bemba. Mais je connais leurs oeuvres
a travers les echos de la presse. Kabila s'est fait decouvrir
aux Congolais par le biais de celui qu'íl nous presente
comme son pere: Laurent Kabila. Ce dernier, bien que veritable
fils du Congo et un revolutionnaire a just titre, s'est impose
a la tete de notre pays par la force des armes, avec l'aide
des armees etrangeres. Chasser un dictateur meme avec le concours
de Lucifer peut etre, dans certaines circonstances, acceptable
pour autant que l'on ne se transforme pas soi-meme en Lucifer.
Dans le cas de Laurent Kabila, Lucifer n'est pas un nom qui
lui conviendrait parce qu'il y a une bonne partie de notre
peuple qui continue a croire que Kabila etait, une fois, un
ange de Dieu comme le fut Lucifer, selon certaines croyances.
Que ce sont les autres, autour de lui, qui le tranformerent
pour le reduire en avocat du diable.
Pour moi, personnellement, qu'íl soit Lucifer en personne
ou avocat de Lucifer, Laurent Kabila a trahit les ideaux revolutionnaires
en se proclamant dictator a la place de Mobutu. La lutte dans
laquelle des millions de nos compatriotes ont laisse leur
vie, y compris celle de Mulele Pierre et a laquelle lui-meme
s'est devoue pendant pres de 30 ans de sa vie, visait a rehabiliter
notre peuple; a restituer sa dignite en le rendant maitre
de son destin par l'organisation du processus democratique
conduisant aux elections des assemblees provinciales, des
gouverneurs des provinces, de la chambre des representants
et du congres; et enfin a l'election du president de la Republique.
S'il avait embrasse les resolutions de la Conferernce Nationale
Souveraine et amorce, methodiquement, comme tous les revolutionnaires
le souhetaient, le processus de la remise en question du regime
de Mobutu, Laurent Kabila aurait merite le titre de veritable
heros national, apres Lumumba et Pierre Mulele, non post-mostrum,
mais vivant. Le Congo et l' Afrique toute entiere allaient
chanter son nom comme on chante celui de Mandela, parce qu'il
aurait reussit a relever un autre geant, celui de l'Afrique
Centrale.
Quant a Kabila Kanambe, je n'ai vraiment pas grand chose a
dire. Il est le produit d'une cabale. Les forces macabres
qui sont derriere lui etaient certainement dans l'embarras
le jour de la mort de Kabila Laurent. Ne pouvant trouver personne
qui soit en mesure de faire le poids, le plus imaginatif d'eux
- si ce n'est pas l'assassin lui-meme - lanca, a la consternation
generale j'imagine: " Mais pourquoi pas son fils!"
Et tout le monde de retorquer a la fois: " Qui est son
fils?" "....Hypolitte....Kanambe....le chef d' Etat-Major
des Forces Armees Congolaises!!!" C'est ainsi que Kabila
devint le troisieme dictator de la nation Congolaise.
Je dois reconnaitre que Mobutu et Laurent Kabila avaient quelque
chose en commun: Une certaine passion pour le genre de dictature
qu'ils ont impose au Congo, pour leur notion d'etat et de
leur place dans l''histoire. Ce " quelque chose",
Kanambe n'en a pas. Depuis 5 ans qu'il est au pouvoir, il
s'est contente de gerer le cotidien. Surpris de n'avoir pas
gagner la presidence de la Republique au premier tour des
elections comme on le lui avait assure, Kabila realise que,
contrairement a ce qu'il a toujours pense, la communaute internationale
n'est pas une guarantie a cent pour cent. Panique! D'ou cette
reaction de gangster, d'enfant delinquant: "Let me show
them that I can take care of myself" (Laissez-moi leur
montrer que je peut prendre soin de moi-meme), en declenchant
la petite guerre de 3 jours contre Jean-Pierre Bemba, au milieu
de la ville de Kinshasa. Resultat: Il s'est antagonise meme
ses plus grands supporters.
Je ne croit pas que Jean-Pierre Bemba a plus de merite que
Joseph Kabila Kanambe. Son MLC n'a pu gagner un certain renom
que grace a la diplomatie de son secretaire general de l'epoque,
le jeune Olivier Kamitatu, dont la personalite et l'intelligence
ont largement contribue a elever, tant soi peu, le niveau
du prestige de l'assemblee nationale de la transition. Ce
n'est pas pour rien d'ailleurs que les hommes de Kabila ont
tant manoeuvre pour le soustraire de l'influence de Bemba,
et en ont fait le secretaire permanent de la fameuse Majorite
presidentielle. Personne ne sait si elle survivra cette majotite
presidentielle! Tel que je connais les politiciens Congolais
qui en font partie, elle eclatera au premier choc, des qu'il
s''agira de choisir le futur premier ministre. Si aucun de
ceux qui menent la barque au sein de la coallition n'obtient
le poste, ce sera la fin de l'histoire.
Dans les milieux des Congolais de la Belgique ou il a passe
une bonne partie de sa vie, et parmi ceux qui ont evolue dans
les rangs du MLC, Bemba est bien connu pour sa temerite, sa
passion pour l'argent et ses fourberies quand il s'agit de
negocier avec ses adversaires.
Personne ne pouvait soupconner que Jean-Pierre Bemba, fils
d'un millionnaire, revant lui-meme d'ammasser plus de millions
que son pere, habitue a la belle vie et aux plaisirs des femmes
blanches et noires de l'Europe, allait, un jour, prendre les
armes et entrer dans le maquis. Mais le temeraire a surpris
tout le monde. On raconte que, quand les Rwandais occuperent
Goma et tenterent de prendre une base militaire dans le Bas-Congo,
Bemba reunit quelques uns de ses meilleurs amis et leur dit:
Vous avez probablement tous appris ce qui se passe au Congo.
Moi je vais chercher les moyens pour nous acheter des armes
et equipements. Je vais vider mon propre compte en banque
et s'íl faut voler quelque part, je suis pret a le
faire. Mais ceux qui sont prets a tout abandonner ici, je
les invite de venir avec moi pour montrer a ces Rwandais qu'on
ne peut pas insulter ainsi le peuple Congolais. Nous allons
leur donner une bonne lecon qu'ils n'oublieront jamais!
Depuis ce jour-la, le temeraire Bemba est alle de surprise
en surprise. A la conference de Sun City, il aurait dit a
un ami: Nous allons sortir gagnant de cette conference. Ce
sera moi ou Kabila. A la veille des elections presidentielles
du 30 juillet, quand une certaine presse donnait Kabila pour
gagnant, l'Hebdomadaire Jeune Afrique annonce que Bemba va
surprendre. Et puis la plus grande surprise: Le chef de l'Etat
du Congo, Joseph Kabila Kabange, avec toute sa garde presidentielle,
descend dans la rue et veut en decoudre avec Bemba. Trois
jours de combat. Plusieurs morts et blesses. Au milieu de
la ville de Kinshasa. Les diplomates du monde entier sont
pantois. C'est du jamais vu. Encore une fois, Bemba surprend.
Kabila rappelle ses hommes armes jusqu'au dents de regagner
leur campement. Le temeraire Bemba est toujours-la, dans sa
residence, nullement inquiete.
Maintenant, a quelques semaines du second tour des elections
presidentielles, tout le monde s'affaire. On veut rapprocher
Bemba et Kabila. Il faut etablir de nouvelles regles de jeu.
On veut determiner d'avance le gagnant et le perdant du deuxieme
tour. On dit que Kabila est d'accord. Mais ou est Bemba et
que dit-il ? C'est le suspense. Va-t-on s'attendre a une autre
surprise de Bemba, le 29 octobre? Et que se passera-t-il ensuite?
Je peut vous dire que le Congo continuera a fonctionner comme
il l'est aujourd'hui, dans le chaos.
Pour ma part, sí j'avais a choisir entre Kabila et
Bemba ou entre Gizenga et Tshisekedi. Sur base de ce que je
viens de vous rapporter, je choisirais sans hesiter le duo
Gizenga-Tshisekedi.
Fungula Fumu Ngondji
|
|